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Les nus féminins de Cesar Simao et leurs échos anciens

Né en 1999 en France et diplômé cette année des Beaux-Arts de Paris, César Simao est un peintre dont l’authenticité s’appréhende dans l’analogie même existant entre son travail et son caractère, entre flegme, mystère et profondeur. Sa démarche intuitive se caractérise par une sédimentation dans son inconscient des formes et des motifs brassés à travers son quotidien et l’histoire de l’art.

Dans Femme dans la montagne (2026, acrylique sur toile), une jeune femme nue s’appuie sur une table tout en s’abandonnant à une contemplation intérieure dans un paysage escarpé et désert. La composition rappelle l’huile sur bois représentant Sainte Madeleine peinte par Quentin Metsys entre 1500 et 1535 et exposée au musée du Louvre. Ce peintre néerlandais s’installe à Anvers à la fin du XVe siècle où il peint dans un style mêlant les leçons de Dürer, de Schongauer ainsi que celles de Léonard de Vinci. Le format d’un portrait en buste derrière un parapet et devant un paysage sinueux, jalonné de formations rocheuses accidentées est justement celui de la Joconde de Léonard de Vinci dont la renommée s’étend déjà à l’époque par-delà les frontières, et qui s’inspire lui-même des innovations flamandes : l’ouverture sur un paysage en arrière-plan est un motif caractéristique depuis le XIVe siècle des Pays-Bas dont il est originaire.

Cesar Simao, Femme dans la montagne (2026)

Quentin de Metsys, Sainte Madeleine (1515-30)

Dans La toilette (2026, acrylique sur toile), César Simao représente une autre femme nue cette fois-ci attelée à sa toilette. Tout en maintenant sa chevelure blonde de sa main gauche, son autre bras esquisse un angle droit étirant sa silhouette tandis que, la tête penchée, la belle se mire dans le miroir posé face à elle. Ce tableau de César Simao frappe par sa ressemblance avec la Jeune femme à la toilette peinte en 1515 par Bellini et conservée au Vienne Kunsthistorisches Museum.  Ce dernier est un peintre incontournable de la Renaissance vénitienne et ainé de ses maîtres, Titien, Tintoret et Véronèse qui élaborent en opposition à l’art de Rome un style caractérisé par une lumière dorée, des contours fondus ainsi qu’un goût pour la nudité et la sensualité.

Cesar Simao, La toilette (2026)

Giovanni Bellini, Jeune femme à la toilette (1515)

Grand centre de poésie à cette époque, les tableaux vénitiens sont également caractérisés par l’invention d’iconographies subtiles, raffinées et parfois énigmatiques comme c’est le cas sur ce tableau. Considéré comme l’un des inventeurs du genre du nu, Bellini met en scène ici une beauté idéale dépourvue de quelconques attributs divins, bibliques ou mythologiques. Il y joint le miroir convexe flamand, un objet très répandu dans les intérieurs riches de l’Europe du Nord de l’époque ainsi qu’un motif pictural servant à montrer les éléments hors champ et dénoncer des péchés tel que la vanité. Doté d’une signification impénétrable et équivoque, le genre de la femme à la toilette connaît par la suite une fortune artistique considérable traversant les siècles, jusqu’à atterrir dans la 19e édition de Private Choice.

Caractérisées par une palette sobre et sourde, les toiles de César Simao sont baignées dans une atemporalité qui fait toute leur aura. Alors que leur examen détaillé révèle leur contemporanéité, désignée tantôt par leur touche ou des indices architecturaux, la Renaissance ruisselle de leur surface comme un principe émanant du plus profond de leur matérialité et des siècles.  Plus qu’une simple reprise de ses motifs flamands et italiens, ses toiles rejouent l’émulation constitutive d’une époque qui a vu s’élaborer les fondements de ce que nous entendons aujourd’hui par « art. » Reposant sur un fil tenu entre tradition et postmodernité sans jamais résoudre cette contradiction, ses tableaux exercent une fascination qui est celle des récits mythologiques, leur création étant issue de chemins situés en dehors du champ de la raison et des âges.

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