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Shania NAJAFI

Née en 1996, Shania Najafi vit et travaille à Paris. Diplômée de la Villa Arson à Nice et de l’Ecole Condé à Paris, elle développe une pratique interdisciplinaire qui traverse le dessin, la peinture, la céramique et le textile.

Puisant à la fois dans l’Histoire, la mythologie et l’actualité iranienne – pays dont sont originaires ses parents, Shania Najafi opère des allers et retours entre l’intime et l’universel, le récit de soi et la marche de l’Histoire. Elle s’efforce de donner une résonnance artistique au combat des femmes iraniennes. Elle opère à cette fin une relecture des symboles de pouvoir mésopotamiens, perses et iraniens et les réoriente dans le sens de la lutte et de l’émancipation. 

Ces renversements font l’objet d’une série de tapisseries en laine réalisées avec la technique du tuftage et dont les motifs ne sont pas sans rappeler l’art de la miniature persane. Ishtar présente la déesse mésopotamienne de la guerre et de l’amour aux côtés du lion solaire, emblème ancestral de la royauté. Leur signification est déjouée. Ishtar est exilée à Paris. Dotée du pouvoir de renverser les opposés et de briser les interdits, elle semble apprivoiser l’animal également figuré sur la tapisserie Shapur II. Sur cette dernière une figure équestre, inspirée d’une représentation de Shapur II, est rejouée au féminin. Ce déplacement opère une relecture d’un imaginaire héroïque historiquement masculin et en redistribue les signes de pouvoir. Les figures ancestrales côtoient dans cette série des icônes plus contemporaines telles qu’Ahoui Daryaei, étudiante arrêtée à Téhéran en 2024 pour être apparue dénudée sur son campus en signe de protestation contre les violences de l’administration universitaire (nb. Cette tapisserie ne figure pas dans l’expo).

Private Choice présente également un échiquier en céramique émaillée intitulé FEMME VIE LIBERTE – en référence au slogan rendant hommage à Mahsa Amini Sur le plateau de jeu s’opposent le camp de la répression composé des dignitaires du régime des Mollahs et de leurs mains armées et le camp des femmes en lutte, brandissant leurs fleurs. Roi et reine sont ici substitués par le taureau et le lion, dont la lutte symbolise le changement de saison, l’avènement d’un monde nouveau. Pour l’artiste, la lutte pour les droits des femmes et du peuple iranien nécessite une action stratégique dans laquelle chaque personne à un rôle à jouer à la manière d’une pièce d’échec.

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